Téléconsultation et télémonitoring en kinésithérapie : une avancée… qui cache un sérieux recul
Depuis le 1er juillet 2026, la téléconsultation et le télémonitoring font officiellement leur entrée dans la nomenclature de l'INAMI. Une avancée attendue… mais qui s'accompagne d'une rémunération inférieure et de nombreuses restrictions. Ask décrypte cette réforme et explique pourquoi elle risque de freiner, plutôt que d'encourager, l'innovation en kinésithérapie.
Téléconsultation et télémonitoring en kinésithérapie : une avancée… qui cache un sérieux recul
Ce qui change à partir du 1er juillet 2026
À partir du 1er juillet 2026, l'INAMI intègre officiellement les prestations de kinésithérapie à distance dans la nomenclature. C'est une évolution attendue depuis plusieurs années et qui reconnaît enfin que certains suivis peuvent être réalisés efficacement en dehors du cabinet.
Deux nouvelles modalités sont désormais prévues.
La téléconsultation
Une séance de traitement peut être remplacée par une séance individuelle réalisée par vidéo, à condition que sa durée soit équivalente à celle de la séance physique. Cette prestation est rémunérée 25,85 €.
Son utilisation est toutefois encadrée :
le kinésithérapeute doit avoir déjà réalisé au moins une séance présentielle avec le patient et disposer de son dossier ;
deux téléconsultations consécutives au maximum peuvent être attestées, avant qu'une nouvelle séance en présentiel ne soit obligatoire ;
certains traitements restent exclus lorsque la présence physique est indispensable à la sécurité ou à la nature du soin (thérapie manuelle, drainage lymphatique, certaines prises en charge vestibulaires, etc.) ;
aucune mention spécifique n'est nécessaire sur la prescription, sauf si le prescripteur indique une contre-indication aux soins à distance.
Le télémonitoring
L'INAMI introduit également un forfait hebdomadaire de télémonitoring, rémunéré 38 €.
Il s'agit d'un suivi à distance reposant sur des questionnaires validés scientifiquement et/ou des paramètres fonctionnels transmis numériquement, avec un contact vidéo inclus lorsque nécessaire.
Là aussi, plusieurs conditions s'appliquent :
le suivi doit s'étendre sur une période de sept jours ;
le patient et le kinésithérapeute doivent utiliser les outils numériques au moins trois jours différents durant cette période ;
le kinésithérapeute doit avoir déjà pris en charge le patient en présentiel ;
un forfait de télémonitoring correspond administrativement à deux prestations de kinésithérapie dans le quota prescrit ;
le télémonitoring ne peut pas être combiné avec une téléconsultation sur la même période de sept jours.
En résumé, l'INAMI ouvre officiellement la porte à la kinésithérapie à distance, mais dans un cadre strict destiné à compléter, et non remplacer, les soins en présentiel.
Notre analyse
Nous saluons une chose : la téléconsultation et le télémonitoring entrent enfin officiellement dans la nomenclature.
C'était une demande légitime de la profession. Les preuves scientifiques sont là : utilisés pour les bonnes indications, ces outils améliorent l'accessibilité des soins, renforcent le suivi des patients et constituent un complément pertinent à la prise en charge en présentiel.
Mais cette satisfaction s'arrête là.
Car au moment même où l'INAMI reconnaît que ces actes sont de véritables prestations de kinésithérapie, il choisit de les rémunérer moins.
Le message est limpide : l'expertise d'un kinésithérapeute vaudrait moins lorsqu'elle s'exerce derrière un écran.
Nous rejetons totalement cette logique.
Le raisonnement clinique est le même.
La responsabilité professionnelle est la même. Les décisions thérapeutiques sont les mêmes.
Le suivi du patient est le même.
Seul le moyen de communication change.
Ce n'est pas la caméra qui soigne le patient. C'est le kinésithérapeute.
Cette différence tarifaire ne repose sur aucune réalité clinique. Elle repose sur un choix politique.
Et c'est là que cette réforme devient profondément décevante.
Depuis des années, les autorités parlent d'innovation, de santé numérique et de modernisation des soins. Nous partageons cette ambition. Mais une innovation qui consiste à payer moins bien les professionnels n'est pas un progrès.
C'est une économie.
Une économie déguisée en innovation.
Le paradoxe est même saisissant : on demande aux kinés d'investir dans des outils numériques, de développer de nouvelles compétences, d'adapter leur pratique, de documenter davantage leurs prises en charge… tout en diminuant la valeur accordée à leur intervention.
Est-ce réellement la vision que nos décideurs ont de l'avenir de la kinésithérapie ?
Les patients y sont également pénalisés, car le suivi d’un patient est un outil que tous les kinés doivent pouvoir utiliser dans une immense diversité de pathologies. Et pourtant, les instances décident que cela coûtera 2 séances aux patients, 2 occasions de moins de pouvoir interagir avec son kinésithérapeute.
Nous y voyons donc surtout une réforme pensée sous l'angle budgétaire avant d'être pensée sous l'angle des soins.
Le risque est évident : pourquoi développer ces nouvelles pratiques si elles sont d'emblée moins reconnues ?
Une réforme censée encourager l'innovation pourrait, au contraire, décourager ceux qui devraient la faire vivre.
Plus largement, cette décision s'inscrit dans une tendance que les kinés connaissent trop bien : davantage d'exigences, davantage de responsabilités, davantage d'administratif… mais une reconnaissance qui, elle, ne suit jamais.
À chaque réforme, on nous promet une profession plus moderne.
À chaque réforme, on nous demande surtout de faire plus avec moins.
Nous refusons cette logique.
Les patients méritent une kinésithérapie moderne. Les kinésithérapeutes méritent que leur expertise soit reconnue, quel que soit le mode de prestation.
C’est pour cela que nous travaillons étroitement avec nos partenaires Andrew Pro et Fullphysio.
Cette collaboration avec deux piliers du futur de la kinésithérapie représente une avancée pour les kinésithérapeutes, mais aussi pour les patients.
C’est cela, l’objectif de Ask : moderniser les soins sans réduire leur valeur, mais en investissant dans ceux qui les rendent possibles.